Résistance aux herbicides

La résistance des adventices aux herbicides est un phénomène qui, malheureusement, prend de l’ampleur. Dans le monde, plus de 200 espèces d’adventices et tous les modes d’action herbicides sont concernés (Source: http://www.weedscience.org/). Actuellement, en Europe, environ 90 % des cas de résistances sont attribués à 4 modes d’action : les FOPs et les DIMs (A), les sulfonylurées (B), les triazines (C1) et les urées (C2). Cela concerne majoritairement les graminées adventices. En Belgique, le vulpin est la mauvaise herbe susceptible de poser le plus de problèmes aux céréaliers. Dans les paragraphes qui suivent, il ne sera question que des graminées résistantes et plus particulièrement du vulpin.

En quoi consiste la résistance?

La résistance est définie comme la capacité naturelle et héritable qu’ont certains individus issus d’une population déterminée de survivre à un traitement herbicide létal pour les autres individus de la population. La résistance est une caractéristique génétique que certains individus possèdent naturellement. Les traitements herbicides ne « créent » donc pas la résistance, mais ils la révèlent en sélectionnant, parmi une population donnée, les individus qui leur survivent, ces derniers trouvant alors un avantage certain pour assurer leur multiplication. Il existe quelque part dans le monde au moins une plante résistante à chaque herbicide, ancien ou à venir ! De la même façon, certaines variétés de froment sont tolérantes au chlortoluron alors que d’autres ne le sont pas.

Les mécanismes de résistance correspondent à la méthode par laquelle une plante résistante inhibe l’effet de l’herbicide. Il en existe trois :

  • la résistance par mutation de cible : l’herbicide ne reconnaît plus sa cible car celle-ci a changé de structure. Cela se traduit généralement par une résistance totale et la possibilité élevée de résistance croisée envers d’autres herbicides du même mode d’action. Chez le vulpin, ce type de mécanisme affecte les FOPs, les DIMs et le DEN (mode d’action A) et même les sulfonylurées (mode d’action B) ;
  • la résistance métabolique : une plante résistante dégrade l’herbicide plus vite qu’une plante sensible. Cela se traduit par une résistance partielle (à des degrés divers), en fonction de la dégradation plus ou moins rapide de l’herbicide par la plante. Ce type de mécanisme peut concerner plusieurs modes d’action car c’est la structure de la molécule herbicide qui est en cause. Chez le vulpin, cela concerne les urées substituées (mode d’action C2), les FOPs, les DIMs et le DEN (mode d’action A) et les sulfonylurées (mode d’action B) ;
  • la résistance par séquestration : l’herbicide est transféré d’une partie sensible de la plante vers une partie plus tolérante. C’est le mécanisme le moins répandu.

La résistance croisée est définie comme la résistance à un herbicide, induite par la pression sélective exercée par un autre produit (généralement de même mode d’action). Lorsque plusieurs mécanismes de résistance sont rencontrés dans la même plante, il s’agit alors de résistance multiple.

Contrairement aux champignons pathogènes, les mauvaises herbes ont un cycle de vie très long et se déplacent plus lentement. Cela explique que la résistance évolue plus lentement et qu’elle reste géographiquement plus confinée.

Un désherbage raté ne signifie pas forcément qu’il y ait résistance…

Vers la fin du mois de juin, des épis de graminées (vulpin, jouet du vent, chiendent) dépassant les froments peuvent apparaître dans les champs. Avant de parler de résistance, il importe d’éliminer d’autres hypothèses. Certains mélanges peuvent être antagonistes (modes d’action des herbicides, incompatibilité physico-chimique des formulations, absence de mouillant,…). De même, les conditions climatiques influencent l’activité de certains produits. Après avoir écarté ces éventualités, la question de la résistance peut enfin être posée. Dans tous les cas, seul un test en conditions contrôlées déterminera de façon formelle le caractère résistant ou non d’une population de graminées

Prévenir l’apparition de résistances

Le mot d’ordre pour prévenir l’apparition de la résistance est diversité. Il est en effet important de faire varier tout ce qui peut l’être afin d’éviter de sélectionner des adventices capables de résister dans un système de culture trop répétitif.

Quelques conseils :

  • dans la mesure du possible, proscrire la monoculture et promouvoir l’introduction d’une culture de printemps dans la rotation permettant de « casser » le cycle de multiplication des adventices des céréales d’hiver ;
  • ne pas négliger certaines pratiques culturales : labour, intervention à l’interculture, faux semis ou déchaumages ;
  • alterner les modes d’action herbicides dans la culture et dans la rotation. En céréales, il existe 11 modes d’action pour lutter contre les dicotylées et 4 pour lutter contre les graminées (A, B, C2 et K3 [flufenacet] ) ;
  • limiter l’application d’un mode d’action donné à un passage par an, même si ce mode d’action vise à la fois les dicotylées et les graminées ;
  • ne pas mélanger deux produits de modes d’action différents et préférer les appliquer en séquence (applications séparées dans le temps) ;
  • éviter les doses trop faibles.

Gérer la résistance

Si malgré toutes les précautions prises, des adventices résistantes (le vulpin essentiellement) apparaissent, il importe de suivre les mesures qui suivent :

  • adopter sans plus tarder les conseils décrits ci-dessus (prévenir l’apparition de résistances) ;
  • privilégier les programmes de traitement. La pulvérisation d’un produit racinaire à l’automne permet de présensibiliser le vulpin avant l’application d’un produit foliaire efficace au printemps ;
  • appliquer la dose maximale agréée, dans tous les cas ;
  • ne pas pulvériser des produits de modes d’action différents en même temps mais séparer leur application.